Lettre ouverte d'Action-Gardien : Pour un développement mieux planifié du secteur Bridge-Bonaventure

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Le secteur Bridge-Bonaventure attire l’attention des développeurs privés et publics depuis deux décennies. Situé à l’est de la zone résidentielle de Pointe-Saint-Charles, à proximité du Centre-ville, du Vieux-Port et de Griffintown, cet immense site aux multiples terrains vacants a été l’objet de nombreux débats autour de son potentiel de développement. Souvenons-nous du projet de déménagement du Casino de Loto-Québec et du Cirque du Soleil heureusement abandonné suite à une lutte populaire, ou encore du projet « Quartier Bonaventure » de Richard Bergeron comportant 7000 logements et en complète déconnexion avec la réalité du quartier. Véritable mosaïque de terrains publics et privés, ce secteur déstructuré est essentiellement dédié à des activités industrielles. Il fait l’objet de reconfiguration d’infrastructures de transport avec le déplacement de l’autoroute Bonaventure et le nouveau pont Champlain, sans compter le projet du Réseau électrique métropolitain (REM) qui prévoit traverser notre quartier pour lier la rive sud à Montréal. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ Infra.) envisage l’aménagement d’une station au Bassin Peel, juste en face des terrains publics possédés par la Société immobilière du Canada (SIC).

Les membres de la table de concertation Action-Gardien de Pointe-Saint-Charles réclament depuis des années une planification d’ensemble du secteur Bridge-Bonaventure, en amont de tout projet public ou privé. À défaut, l’implantation d’une station du REM risque de dicter le développement des terrains aux alentours en fonction d’objectifs de rentabilité. Notons qu’aucune consultation locale n’a été menée par la CDPQ Infra. pour évaluer les impacts de l’arrivée d’une station pour la communauté locale.

Avec l’expérience de Griffintown, juste de l’autre côté du canal de Lachine, les Montréalais.e.s ont appris à leurs dépens que, quand les investisseurs prennent le contrôle du développement urbain, c’est le bien commun qui écope. Alors que les promoteurs immobiliers empochent les profits, la municipalité et les résident.e.s rattrapent l’absence de planification et de vision collective et paient le prix fort pour implanter des équipements collectifs, des logements coopératifs, des parcs et des services de proximité. Pour le secteur Bridge-Bonaventure, il est impératif de faire autrement en refusant la logique du développement axé sur le profit et en impliquant les citoyen.ne.s et les acteurs locaux à toutes les étapes de la planification.
Les membres d’Action-Gardien se sont déjà prononcés fermement pour le maintien du caractère public des terrains de la SIC et pour leur utilisation à des fins 100 % publiques et collectives. À l’instar des groupes logement et tables de quartier de Montréal, nous réclamons des réserves de terrains et l’utilisation des terrains publics excédentaires pour des coopératives, OBNL d’habitation et autre projets collectifs. Action-Gardien milite pour un développement urbain du secteur Bridge-Bonaventure en cohérence avec les besoins des Montréalais.e.s qui y vivent, y travaillent et s’y déplacent. Tout projet devra améliorer les conditions et la qualité de vie des résident.e.s, valoriser le pôle d’emploi existant, favoriser la mobilité active et en commun, créer un accès piéton et cyclable vers le fleuve, retisser les liens avec le quartier habité et éliminer la circulation de transit.

Plusieurs exercices de planification sont prévus avec la Stratégie Centre-ville de la Ville de Montréal (PPU du Havre) ou la poursuite du réaménagement de l’autoroute Bonaventure, mais les échéanciers ne sont pas connus. De son côté la Société immobilière du Canada poursuit ses grands projets immobiliers dans la Pointe-du-Moulin, non loin de Bridge-Bonaventure et a fort probablement des visées de développement similaires pour le Bassin Peel.

À l’heure où la transparence, l’implication citoyenne et le développement des quartiers sont des orientations prioritaires de la nouvelle administration municipale, nous interpellons les pouvoirs publics pour qu’ils exigent une planification sur l’avenir de Bridge-Bonaventure en amont de tout projet, y compris un éventuel REM, qu’ils maintiennent un zonage industriel pour protéger le site de la spéculation foncière, et qu’ils agissent pour maintenir publics les terrains de la SIC. Nous refusons que des intérêts immédiats du marché privé ou la rentabilisation des espaces vacants conditionnent l’avenir de notre ville et de nos quartiers.

Plus largement, Action-Gardien joint sa voix au lot de critiques qui entoure le projet de 6 milliards de dollars de CDPQ Infra., et appelle les élu.e.s des différents paliers à se préoccuper des impacts de l’implantation du REM en termes d’aménagement urbain et de desserte du transport collectif. Quels impacts sur le plan de l’accessibilité financière du transport en commun dans la région métropolitaine ? Quels impacts sur les coûts d’habitation en considérant la captation de la plus-value foncière aux abords des stations ? Quels effets attendus pour consolider les zones d’emploi ? Quel avenir pour le Centre d’entretien de Pointe-Saint-Charles de l’AMT, rendu désuet avant même son ouverture officielle par l’arrivée du REM, et qui a pourtant coûté plus de 320 millions de dollars aux contribuables ? Le perfectionnement du réseau de transport collectif métropolitain est essentiel pour assurer les déplacements quotidiens des résident.e.s du grand Montréal. Encore faudrait-il développer un projet qui renforce le droit à la mobilité abordable et permette l’amélioration des milieux de vie des quartiers qui le traversent.

Pour lire la lettre ouverte publiée dans Le Devoir

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