Un quartier à prolonger sur les terrains du CN

Les anciens terrains du CN : des gains pour le quartier

Le réaménagement des friches industrielles des anciens ateliers du Canadien National a mobilisé sans relâche les forces vives de Pointe-Saint-Charles pendant près de dix ans. Cet immense site de trois millions de pieds carrés représente une occasion unique de faire des gains pour le quartier. Les actions collectives et l’apport de différents acteurs influenceront fortement le projet à vocation résidentielle et industrielle finalement adopté à l’automne 2012.

Dès l’annonce de la fermeture de l’entreprise Alstom en 2003 et de la mise en vente des terrains par le CN, la mobilisation s’annonce majeure. Ce site est intimement lié à Pointe-Saint-Charles depuis plus de 150 ans. Des générations de résidents ont travaillé dans ses ateliers tandis que les voies ferrées ont façonné le paysage de la Pointe. Le sentiment d’appartenance reste fort malgré la privatisation du CN au début des années 1990.

En 2004, 150 citoyennes et citoyens répondent à l’appel d’Action-Gardien et reprennent symboliquement possession du lieu, franchissent la clôture et hissent leur drapeau pour rendre publiques leurs revendications : l’implication de la population dans l’élaboration d’un plan d’ensemble en réponse aux besoins locaux, et l’achat du site par les pouvoirs publics pour en encadrer le développement.

Mais ce qui aurait pu être une belle aventure de réappropriation démarre sur une occasion manquée : les pouvoirs publics refusent même d’explorer l’option de l’acquisition, malgré la pression citoyenne et une lettre ouverte conjointe de l’ensemble des acteurs, incluant la CDEC. Premier gain significatif tout de même, l’Arrondissement inscrit dans son plan d’urbanisme de 2004 l’obligation d’un plan d’ensemble concerté et le maintien d’un zonage industriel lourd sur l’ensemble du site, évitant ainsi la poussée spéculative et permettant à l’Arrondissement de négocier des conditions en échange du futur changement de zonage.

Malgré une vive contestation locale, les terrains sont finalement vendus en 2006 à un investisseur privé, le groupe Mach, pour un dollar avec certaines obligations. La communauté ne baisse pas les bras et refuse de laisser l’avenir des anciens ateliers reposer sur les intérêts d’un seul promoteur. Après des mois de préparation incluant visite des terrains, exposition avec plans, maquettes et exemples d’ailleurs, les citoyenNEs se réunissent le temps d’une fin de semaine en 2007 autour d’un travail de conception, avec le support de personnes ressources. Cette OPA a permis d’illustrer les possibles et d’élaborer un projet d’ensemble intégrant prolongement du quartier résidentiel, services, emploi et conversion des ateliers, transport, accès au fleuve, etc.

Pratique novatrice aujourd’hui citée comme un cas d’école, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) tient en 2008 un exercice de concertation des acteurs privés, publics et communautaires, visant à identifier les balises encadrant le site, les convergences et les points de rupture. La table Action- Gardien y participe activement, équipée des consensus et propositions de l’OPA CN. Pourtant, lors du second exercice de consultation tenu en 2009 sur le projet du groupe Mach, la communauté dénonce plusieurs éléments inacceptables pour le quartier et de nombreuses questions demeurent encore sans réponse.

Différentes stratégies se dessinent et se combinent pour faire entendre les demandes incontournables de la communauté : assemblées publiques, comité citoyen, sessions de travail avec les fonctionnaires et les éluEs, négociations directes avec les promoteurs, lettres ouvertes, conférences de presse, rassemblements extérieurs, campagne de visibilité avec bannières géantes et macarons, pétition, présence continue aux séances du conseil d’arrondissement, « ultimatum » à l’Hôtel de Ville. Le Centre social autogéré (CSA) organise des occupations ponctuelles devant le Bâtiment 7, l’un des ateliers que la communauté veut se réapproprier, ainsi qu’une manifestation au conseil d’arrondissement. Notons que lors des élections municipales de 2009, Action-Gardien avait obtenu des engagements du candidat élu, qui a par la suite, sous la pression continue du quartier, exercé un leadership auprès du propriétaire, notamment en rendant l’adoption du projet d’ensemble conditionnelle à des ententes entre le propriétaire et la communauté.

Après de multiples rebondissements, reports, blocages, l’accord de développement est finalement adopté en 2012, plus de neuf ans après la mise en vente des terrains du CN. Les actions collectives ont sans contredit permis l’abandon d’éléments très contestés du projet et l’obtention de gains majeurs :

  • obtention de 25 % de logements sociaux, soit environ 210 unités sur un total de 830 (au-delà des 15 % prévus par la stratégie d’inclusion, mais loin de l’objectif de 40 %);
  • sauvegarde d’un parc que le propriétaire voulait démolir et convertir en voie de camionnage et obtention d’un nouvel accès pour détourner les camions des rues résidentielles;
  • limitation des usages industriels permis pour assurer une meilleure cohabitation avec les zones habitées; le propriétaire demandait initialement un zonage fourre-tout, incluant même un héliport;
  • signature d’une entente de formation entre la CDEC et l’Agence de transport métropolitaine (AMT) pour offrir à la population du Sud-Ouest de la formation aux métiers du ferroviaire, suite à l’expropriation d’une partie du site par l’AMT pour implanter un centre d’entretien;
  • dernier incontournable, et non le moindre, la cession gratuite du Bâtiment 7 à la communauté, afin de le convertir en pôle communautaire, culturel, et de services.
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Cette initiative est portée par le Collectif 7 à Nous, une alliance inusitée des milieux artistique, communautaire, libertaire et de l’économie sociale. Le collectif vise à installer dans le bâtiment de 90 000 pieds carrés les ateliers d’artistes de la Fonderie Darling, le café-bar alternatif du CSA, un projet d’agriculture urbaine porté par le Club populaire des consommateurs, des services de proximité, des espaces de production, etc. Grâce aux constantes pressions et négociations auprès du propriétaire et de la Ville pendant près de trois ans, l’entente de cession est finalement conclue, accompagnée d’un montant d’un million de dollars pour les rénovations de base du bâtiment dégradé par des années de négligence du propriétaire. Ce bâtiment sera le seul des anciens ateliers du CN à être réapproprié par la collectivité. Ce geste de récupération d’un espace privatisé témoigne d’un virage vers des stratégies plus offensives de réappropriation, même si les défis restent de taille pour concrétiser ce rêve collectif. http://www.ateliers7anous.org/

Nous sommes certes loin du projet urbain imaginé en 2007 et de nombreux compromis ont dû être faits, mais le projet final est bonifié, à mille lieues de ce qu’il aurait été sans l’implication de toute une communauté. Tout en reconnaissant les gains et le chemin parcouru, loin de nous l’envie de crier victoire ou mission accomplie. Une somme colossale d’énergie a été investie uniquement pour éviter d’aggraver nos conditions de vie, ou pour obtenir certaines contributions qui ne sont pas des « cadeaux » du promoteur, mais bien un retour minimal de la part d’un promoteur qui s’implante dans un quartier dont il tire profit. Une page d’histoire différente aurait été écrite si les pouvoirs publics s’étaient portés acquéreurs du site pour en planifier le développement en réponse aux besoins locaux, plutôt que de le laisser aller pour un dollar. Et l’expropriation par l’AMT d’une partie du site des terrains du CN n’aurait pas coûté des millions de dollars d’argent public...

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